Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 19:46

C'est quand même dingue de se dire qu'on vit au pays de Jules Verne et que beaucoup de nos concitoyens ne savent foutre rien de la SF. Certains d'entre eux ne savent même pas ce que signifie SF et d'autres — qui, accessoirement, mériteraient le bûcher ou la castration sauvage — considèrent ce genre littéraire comme inférieur à une littérature plus "classique".

 

C'est difficile de garder son calme lorsqu'une mère de famille, semblable au fameux troll de l'internet, vous soutient que lire que la SF ou de la fantasy n'a aucun intérêt en soi. Généralement, ce qui vous retient de lui administrer un sermon bien senti — ou un tabassage en règle, c'est tout comme — est le fait que vous vous étouffez de surprise.

 

Sérieusement, les littératures de l'imaginaire méritent d'être lues. Ne serait-ce qu'une fois, en passant. Croyez-moi, ça vaut le détour. Et ce pour trois raisons.

 

La première, c'est que les auteurs de ces littératures sont aussi, voire plus talentueux que ceux de littératures "de base" que l'on a tendance à privilégier à la SFFF. D'un point de vue stylistique, Ray Bradbury et Robin Hobb ont par exemple un talent inégalable, empreint d'une sensibilité démentielle. Vraiment.

Et comme les littératures de l'imaginaire permettent de découvrir des terrains sur lesquels les autres littératures se risquent difficilement, les auteurs de SFFF sont plus à même de développer des raisonnements et des constructions intellectuelles remarquables. Mais là encore, le spectre puant des préjugés rôde, avide d'un festin stupide. Oui, George Orwell et Aldous Huxley sont des écrivains de SF. Oui, 1984 et le Le meilleur des mondes sont des classiques de la littérature, mais avant tout de la SF. Reconnaissez-le et arrêtez de vous ridiculiser.

 

La seconde — et je développe ici sur la SF avec laquelle je suis plus familier — c'est que la nature même de la SF suscite de l'intérêt. Que fait la SF? Elle nous présente grosso modo l'ensemble de ce qui aurait pu advenir et de ce qui pourrait advenir. Mais de par les thèmes abordés et les problématiques qui en découlent, la SF soulève des questions existentielles, propre au genre humain. "Et si?", l'expression sans doute la plus importante des littératures de l'imaginaire, nous pousse à nous remettre toujours en question, à nous reposer les mêmes questions que nos ancêtres se posaient, mais sous des angles nouveaux.

Présenter une planète lointaine, un monde post-apocalyptique ou une réalité devenue utopie ou dystopie, c'est nous forcer à nous regarder dans le miroir. A contempler ce que nous sommes vraiment, à contempler comment nos sociétés et notre monde fonctionnent. A en pointer les défauts, énumérer les voies que nous ne devrions jamais prendre. Ray Bradbury nous dit bien que pour écrire de la SF, il suffit de regarder autour de soi. Et qu'il n'avait jamais écrit sur le futur, mais qu'il essaie de l'empêcher d'advenir.

 

La dernière enfin, c'est que les auteurs des littératures de l'imaginaire, comme je l'avais dit dans un autre article, peuvent facilement nous orienter vers des auteurs plus classiques, qui satisferont les mères de famille à l'esprit trop obtus pour comprendre ce que sont vraiment les littératures de l'imaginaire.

 

Puis faut pas oublier que lire de la SF ça vous cultive une personne, et si vous êtes belle et désirable et que vous pouvez parler de psychohistoire et de Big Brother, je me jetterais sur vous. Techniquement, ce ne serait pas du viol. Plutôt du sexe par surprise.

 

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Ceci étant, il vous reste à plonger dans le gouffre béant qui s'offre à vous. Mais comme partout, il y a du bon et du mauvais. Du très bon et du très mauvais. Du génial et du vous-m'avez-compris.

L'aperçu que je vous propose est totalement subjectif et non exhaustif. Mais nombre d'amateurs vous confirmeront que je dis vrai.

 

En science-fiction

 

D'abord, bouffez du Jules Verne jusqu'à indigestion! Ensuite, bouffez du Lovecraft pour vous remettre! 

 

Chroniques martiennes et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury

La Guerre des mondes d'Herbert George Wells

1984 de George Orwell

Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

Fondation (cycle) et les Robots (cycle) d'Isaac Asimov

Hypérion (cycle) de Dan Simmons

Dune (cycle) de Frank Herbert

 

Et n'hésitez pas à lire les nouvelles de ces auteurs. Il y a une sorte de culte de la nouvelle pour celui qui écrit de la SF. C'est une form courte et percutante, qui permet de démontrer tout son talent. La plupart des auteurs cités plus haut ont écrit des nouvelles, donc profitez-en.

 

En fantasy

 

Le Seigneur des anneaux (trilogie) de JRR Tolkien

Conan le Cimmérien de Robert E Howard

Le Trône de fer (cycle) de George Martin

La Compagnie noire (cycle) de Glen Cook

Les Aventuriers de la mer (cycle) de Robin Hobb

La Huitième couleur et Le Huitième sortilège de Terry Pratchett

 

En fantastique

 

Je m'y connais beaucoup moins en littérature fantastique. Mais je vous conseille Stephen King dont l'écriture est remarquable et La Foire des ténèbres de Ray Bradbury.

 

 

Vous voilà avec un bagage assez conséquent — et coûteux, aussi — qui vous servira de base pour vous futures lectures. Si vous avez un tant soit peu de jugeotte, vous ne lirez pas la totalité des cycles pour vous faire une idée d'un genre ou d'un auteur. Mais évitez de commencer par le tome 4 de Fondation, vous auriez l'air vraiment con!

Après, si vous appréciez, vous pourrez vous plonger vers des catégories et des auteurs plus sélectifs, comme le cyberpunk ou Philip K Dick. A moins que vous n'ayiez le courage et la patience de commencer par là. Ce que je ne vous conseille vraiment pas, car cela risquerait de vous dégoûter pour un bon moment.

 

Ah, et enfin: Twilight c'est trop d'la merde!


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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 19:17

 

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Ecrire, c’est avoir des thèmes récurrents. Des sujets qui nous inspirent plus que d’autres, et que nous manions beaucoup plus facilement. Les miens sont assez simples, intuitifs, et d’une certaine manière liés à l’acte d’écrire. Le principe est de ne pas se montrer répétitif quand on écrit plusieurs fois sur le même thème.

 

Le premier thème est la Muse. Votre muse est une garce, je vous l’ai déjà dit. Mais peut-être est-elle de sexe masculin. Voir asexué, ou transsexuel ! Peut-être même que votre muse est animale, végétale, hybride. Ou bien elle n’existe tout simplement pas. Auquel cas, je vous plains. Sincèrement.

Dans quelques unes de mes nouvelles, on ne sait jamais vraiment si la Muse existe ou pas. Si elle est juste femme — ayant un comportement hétérosexuel, je préfère imaginer ma Muse dotée d’attributs féminins plutôt que de poil aux pattes et un pénis — ou si elle est au-dessus de la nature humaine. C’est au personnage d’essayer de savoir, ou de renoncer. Et c’est aussi à vous de vous faire votre propre idée. C’est ce qui fait tout le charme de l’inconnu, non ? Et au-delà de cette frontière floue entre Femme et Muse, il y a cette capacité qu’ont certaines personnes à nous inspirer.  

 

Le deuxième thème est le pacte avec Satan. L’idée d’échanger votre âme immortelle contre ce que vous désirez ne vous a jamais effleuré l’esprit ? A moins que vous ne soyez affreusement rationnel, bien entendu. Ce concept me plaît bien.

Et comme la Muse, qui est véritablement Satan ? Un peau-rouge barbu avec son trident ? Un usurpateur qui se fait passer pour le maître des Enfers ? Ou bien Satan est-il la part d’ombre et de méchanceté qui se cache en tout un chacun, cette habitude que nous avons à briser nous-mêmes nos propres rêves ? Et ceux des autres ? Et où est notre âme ? Est-ce une petite boule qui flotte dans l’air en clignotant à la manière d’une guirlande de Noël démente ? Ça fait un sacré paquet de questions.

 

Le troisième thème est le zombie. Le mort-vivant, le macchabée ambulant et autres sobriquets joyeux aux épithètes homériques. Il y a tellement de manières différentes de traiter le zombie, que ce soit dans la littérature ou au cinéma : sombre, sinistre, allumée, délirante, humoristiques, gore, réaliste, psychologique… Tellement de possibilités, tellement de voies à exploiter !

Avouons-le franchement, un zombie mangeur de cerveaux, qu’il soit enragé ou ressuscité d’entre les morts, qu’il coure en vomissant ses tripes ou qu’il se traîne en râlant, tous ces zombies-là sont intéressants cinq minutes. Ça fait un bon scénario, mais sans plus. Ce qui est intéressant, comme l’explique et le montre si bien Robert Kirkman, c’est que le zombie n’est pas tant différent qu’un tremblement de terre ou qu’une prise d’otages. Il est l’événement qui fait basculer vos vies. Celui qui anéantit les codes et les règles, celui qui vous libère de toutes vos conditions. Celui qui vous transforme, vous le law-abiding citizen, en animal prêt à tout pour survivre et protéger les siens, quitte à y laisser au passage sa propre humanité.

Néanmoins, je me suis rapidement aperçu qu’écrire sur le zombie risquait d’être très difficile pour moi. Je me considère un peu comme un éclectique, un élitiste. Pas totalement, mais disons que j’aime le travail bien fait, les phrases qui méritent d’être lues. Et à côté d’un Romero, d’un Kirkman, d’un Brooks, mes nouvelles font pâle figure, tristes et pathétiques émules de chefs-d’œuvre. J’aime peut-être aussi l’auto-flagellation. Quoiqu’il en soit, mon niveau n’est pas encore le bon pour écrire quelque chose de bon sur le sujet.

 

Parmi les autres thèmes intéressants, notons le rapport humain-extraterrestre, le rapport humain-machine, bref à peu près n’importe quel rapport entre l’humain et quelque chose de tant soit peu intelligent qui pourrait avoir des émotions. Et je ne fais pas dans le zoophile, bande de dépravés.

 


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