C'est quand même dingue de se dire qu'on vit au pays de Jules Verne et que beaucoup de nos concitoyens ne savent foutre rien de la SF. Certains d'entre eux ne savent même pas ce que signifie SF et d'autres — qui, accessoirement, mériteraient le bûcher ou la castration sauvage — considèrent ce genre littéraire comme inférieur à une littérature plus "classique".
C'est difficile de garder son calme lorsqu'une mère de famille, semblable au fameux troll de l'internet, vous soutient que lire que la SF ou de la fantasy n'a aucun intérêt en soi. Généralement, ce qui vous retient de lui administrer un sermon bien senti — ou un tabassage en règle, c'est tout comme — est le fait que vous vous étouffez de surprise.
Sérieusement, les littératures de l'imaginaire méritent d'être lues. Ne serait-ce qu'une fois, en passant. Croyez-moi, ça vaut le détour. Et ce pour trois raisons.
La première, c'est que les auteurs de ces littératures sont aussi, voire plus talentueux que ceux de littératures "de base" que l'on a tendance à privilégier à la SFFF. D'un point de vue stylistique, Ray Bradbury et Robin Hobb ont par exemple un talent inégalable, empreint d'une sensibilité démentielle. Vraiment.
Et comme les littératures de l'imaginaire permettent de découvrir des terrains sur lesquels les autres littératures se risquent difficilement, les auteurs de SFFF sont plus à même de développer des raisonnements et des constructions intellectuelles remarquables. Mais là encore, le spectre puant des préjugés rôde, avide d'un festin stupide. Oui, George Orwell et Aldous Huxley sont des écrivains de SF. Oui, 1984 et le Le meilleur des mondes sont des classiques de la littérature, mais avant tout de la SF. Reconnaissez-le et arrêtez de vous ridiculiser.
La seconde — et je développe ici sur la SF avec laquelle je suis plus familier — c'est que la nature même de la SF suscite de l'intérêt. Que fait la SF? Elle nous présente grosso modo l'ensemble de ce qui aurait pu advenir et de ce qui pourrait advenir. Mais de par les thèmes abordés et les problématiques qui en découlent, la SF soulève des questions existentielles, propre au genre humain. "Et si?", l'expression sans doute la plus importante des littératures de l'imaginaire, nous pousse à nous remettre toujours en question, à nous reposer les mêmes questions que nos ancêtres se posaient, mais sous des angles nouveaux.
Présenter une planète lointaine, un monde post-apocalyptique ou une réalité devenue utopie ou dystopie, c'est nous forcer à nous regarder dans le miroir. A contempler ce que nous sommes vraiment, à contempler comment nos sociétés et notre monde fonctionnent. A en pointer les défauts, énumérer les voies que nous ne devrions jamais prendre. Ray Bradbury nous dit bien que pour écrire de la SF, il suffit de regarder autour de soi. Et qu'il n'avait jamais écrit sur le futur, mais qu'il essaie de l'empêcher d'advenir.
La dernière enfin, c'est que les auteurs des littératures de l'imaginaire, comme je l'avais dit dans un autre article, peuvent facilement nous orienter vers des auteurs plus classiques, qui satisferont les mères de famille à l'esprit trop obtus pour comprendre ce que sont vraiment les littératures de l'imaginaire.
Puis faut pas oublier que lire de la SF ça vous cultive une personne, et si vous êtes belle et désirable et que vous pouvez parler de psychohistoire et de Big Brother, je me jetterais sur vous. Techniquement, ce ne serait pas du viol. Plutôt du sexe par surprise.
Ceci étant, il vous reste à plonger dans le gouffre béant qui s'offre à vous. Mais comme partout, il y a du bon et du mauvais. Du très bon et du très mauvais. Du génial et du vous-m'avez-compris.
L'aperçu que je vous propose est totalement subjectif et non exhaustif. Mais nombre d'amateurs vous confirmeront que je dis vrai.
En science-fiction
D'abord, bouffez du Jules Verne jusqu'à indigestion! Ensuite, bouffez du Lovecraft pour vous remettre!
Chroniques martiennes et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
La Guerre des mondes d'Herbert George Wells
1984 de George Orwell
Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley
Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes
Fondation (cycle) et les Robots (cycle) d'Isaac Asimov
Hypérion (cycle) de Dan Simmons
Dune (cycle) de Frank Herbert
Et n'hésitez pas à lire les nouvelles de ces auteurs. Il y a une sorte de culte de la nouvelle pour celui qui écrit de la SF. C'est une form courte et percutante, qui permet de démontrer tout son talent. La plupart des auteurs cités plus haut ont écrit des nouvelles, donc profitez-en.
En fantasy
Le Seigneur des anneaux (trilogie) de JRR Tolkien
Conan le Cimmérien de Robert E Howard
Le Trône de fer (cycle) de George Martin
La Compagnie noire (cycle) de Glen Cook
Les Aventuriers de la mer (cycle) de Robin Hobb
La Huitième couleur et Le Huitième sortilège de Terry Pratchett
En fantastique
Je m'y connais beaucoup moins en littérature fantastique. Mais je vous conseille Stephen King dont l'écriture est remarquable et La Foire des ténèbres de Ray Bradbury.
Vous voilà avec un bagage assez conséquent — et coûteux, aussi — qui vous servira de base pour vous futures lectures. Si vous avez un tant soit peu de jugeotte, vous ne lirez pas la totalité des cycles pour vous faire une idée d'un genre ou d'un auteur. Mais évitez de commencer par le tome 4 de Fondation, vous auriez l'air vraiment con!
Après, si vous appréciez, vous pourrez vous plonger vers des catégories et des auteurs plus sélectifs, comme le cyberpunk ou Philip K Dick. A moins que vous n'ayiez le courage et la patience de commencer par là. Ce que je ne vous conseille vraiment pas, car cela risquerait de vous dégoûter pour un bon moment.
Ah, et enfin: Twilight c'est trop d'la merde!